
Saint-Martin-du-Tertre,
8 mai 2005
Hommage
au Lieutenant André Baude

André
Baude (1917 - 1944)
membre du réseau de résistance B.O.A.
Événements
marquants de la brève existence du lieutenant André Baude
né à Leubringhen (Pas-de-Calais, commune de 200 habitants),
à 9 heures, le 6 janvier 1917.
Issu d'une famille modeste, son père, maréchal-ferrant,
et sa mère, ménagère, il était le sixième
enfant d'une famille de sept garçons, mais déjà
la Providence ne veillait plus sur son berceau. Sa mère mourait
en mettant au monde son frère, il n'avait que deux ans et son
père la suivait sept ans plus tard. En 1926, à l'âge
de neuf ans, il se retrouve seul.
Placé chez une tante, puis chez une autre pendant quelques années,
il fut confié à l'Assistance publique à l'âge
de douze ans, pour être placé par la DDASS, dans une famille
d'accueil à Rétry, dans le canton de Marquise (Pas-de-Calais).
Cette dernière devait assurer son éducation et lui faire
apprendre un métier.
Il passa avec brio son certificat d'études primaires et fut reçu
" premier du canton ", embauché à quatorze ans
aux " Usines Métal-lurgiques de Marquise " comme apprenti
mouleur, il obtenait son CAP à dix-sept ans avec " mention
très bien ", premier de sa promotion.
A dix-huit ans, il est renvoyé de l'usine pour avoir fait un
pot de feu sans en avoir demandé l'autorisation pour une vieille
tante qui l'avait recueilli.
Sans travail, il s'engage dans l'armée de terre au 150e régiment
d'infanterie à Verdun. Il suit les pelotons et devient sergent
infirmier-brancardier et est également classé tireur d'élite.
Il habite dans la " cité cadres " de la caserne et
revient en permission dans sa famille à Wissant, où il
rencontre Marguerite Falempin. Ils se marient à Wissant le 23
avril 1938. Il a vingt et un ans, elle en a vingt ; en sept ans de vie
commune, ils ne seront ensemble que neuf mois.
De cette union naîtront deux enfants, Anne à Verdun, le
25 mai 1939 et Norbert à Wissant, le 6 août 1942.
Leur bonheur est de courte durée. En 1939, la guerre est déclarée.
Sur le front, le 20 mai 1940, le sergent infirmier André Baude
après avoir mis à l'abri l'officier, grièvement
blessé, qui commandait sa section, ne pouvant plus assumer ses
fonctions, celui-ci lui donna l'ordre : " Sergent Baude, je vous
en sens capable, sonnez la retraite et rendez les armes à l'ennemi.
” Se sentant encore en force, il prend le fusil et avec une poignée
d'hommes, il réussit à reprendre un pont aux Allemands.
Ce qui lui vaudra une citation élogieuse à l'ordre de
la brigade, ainsi que la croix de guerre le 22 décembre 1941,
mais submergés par l'ennemi, ils doivent se rendre.
Il est prisonnier en Autriche dans un camp de concentration où
la discipline était très dure ; tout prisonnier s'approchant
à 3 mètres des barbelés était abattu sur-le-champ
sans sommation.
Libéré après onze mois de détention, il
est rapatrié pour son appartenance au service sanitaire par le
gouvernement de Vichy, mais affecté comme gestionnaire des salles
civiles au sanatorium de Franconville. Malade et souffrant de dysenterie,
on lui octroie quelques semaines de repos dans sa famille à Wissant.
Mais sachant ce qui se passe dans les camps, pour l'avoir vécu,
il ne veut pas en rester là. Il contacte les organisations clandestines
sur Calais. Avec l'aide de Mlle Alice Lamey, infirmière de la
Croix-Rouge en 1914-1918 et résistante dès 1940. Il entre
dans le réseau Jean de Vienne qui deviendra BOA-Nord (Bureau
des Opérations Aériennes).
La tante d'Alice Lamey, Mme Paule Crampel, artiste peintre à
Wissant, dessinera à l'encre de Chine le modèle de la
carte du " Mémorial de la journée du Monument des
Quatre-Chênes, à Domont ", imprimé en 1945
et offert aux familles des victimes.
Il est spécialiste du balisage des terrains pour récupérer
matériel, armes, munitions, faux papiers, ainsi que les agents
de renseignements parachutés par les Alliés et les pilotes
tombés dans les lignes ennemies. Cela lui vaudra un diplôme
de reconnaissance des Etats-Unis, signé de la propre main du
général Dwight D. Eisenhower.
Sa femme et ses deux enfants restent à Wissant chez leur grand-mère.
Elle doit travailler aux cuisines allemandes pour survivre mais surtout
pour se faire oublier, car elle est surveillée et souvent questionnée
par les officiers allemands. Lui, prend ses fonctions à l'hôpital
Begin. Ce qui lui donne une couverture et lui permet de poursuivre ses
activités dans la Résistance. Son nom est gravé
sur une plaque au musée de la Résistance situé
dans le parc municipal à Calais.
Le 1er juin 1944, il est affecté au BOA de Seine-et-Oise et se
trouve en relation avec le colonel André Rondenay et le colonel
Alain Grout de Beaufort du BCRA (Bureau Central de Renseigne-ments et
d'Actions) qui regroupe tous les réseaux de Résistance
du Nord de la France, soit six régions militaires sous les ordres
du général Jacques Chaban Delmas.
Sur dénonciation, il est arrêté par la Gestapo à
l'aube, le 4 août 1944. Il est interrogé pendant deux jours
avant d'être interné à la prison de Fresnes du 6
août au 15 août 1944.
Les
Alliés progressent sur Paris, les Allemands ordonnent de vider
toutes les prisons. Les détenus sont parqués à
la gare de Pantin " quai aux Bestiaux " pour être évacués
vers les camps en Allemagne. Ils sont environ 2 000 ; il est midi, lorsqu'un
commando de la Gestapo, composé de cinq criminels de guerre,
fait irruption et réussit à identifier cinq résistants
notoires : le colonel André Rondenay, le colonel Alain Grout
de Beaufort, le lieutenant André Baude, Louis Lerouge, Roger
Claie.
Entassés entre les banquettes d'une traction avant, ils sont
amenés à la Clairière des " Quatre-Chênes
" à Domont pour être exécutés sur-le-champ,
les corps sont laissés sur place. L'enquête déterminera
que l'heure du décès a eu lieu à 14 heures. Ils
seront repris parmi les victimes de la Libération de Paris.
Un détachement américain fera un détour par Domont
ordonnant l'exhumation du corps d'André Baude placé dans
un caveau d'attente, son examen servant de preuves à charge contre
ses bourreaux nazis.
A Saint-Martin-du-Tertre, lors de la séance du 15 novembre 1944,
le Comité local de libération nationale est convoqué
à siéger sous la présidence de M. Parenthoën,
maire. M. Guillemin demande au conseil que le nom du sergent Baude soit
donné à la rue de la Forêt où il avait son
domicile. Le conseil admet cette suggestion à l'unanimité
et demande à M. le Maire de bien vouloir faire le nécessaire.
De Domont, le corps du lieutenant FFI André Baude est inhumé
à Saint-Martin-du-Tertre le 7 janvier 1945. Un article de la
Voix du Nord, édition de Calais du mercredi 31 janvier 1945,
relate ses obsèques militaires et religieuses. Sa femme ne sera
officiellement avertie de son décès, par lettre recommandée
avec accusé de réception, que le 18 mai 1946. L'acte de
décès porte le no 524 724.
Reconnu " Mort pour la France " le 5 juin 1945, le grade de
lieutenant FFI est validé par le bureau FFCI, mention portée
à l'état civil de Domont, le 7 janvier 1946. La mairie
de Leubringhen enregistre le décès avec la mention "
Mort pour la France " le 26 octobre 1946. Elle oublie de faire
graver son nom sur le monument aux Morts et refuse de le faire soixante
ans après (le nom de Baude devant rappeler de mauvais souvenirs).
En 1950, son corps est rapatrié à Wissant dans sa famille,
ses enfants se souviennent encore de l'émouvante cérémonie
militaire et religieuse se situant sur une période allant du
9 mars au 21 avril 1950, selon le registre de la paroisse, seule trace
officielle du service religieux.
En 1961, le Gouvernement lui décerne à titre posthume
la croix de Chevalier de la Légion d'honneur, une seconde croix
de guerre avec palme d'or, ainsi que la médaille de la Résistance
avec les diplômes correspondants.
Dès la Libération, son nom figure sur le monument aux
Morts de Wissant et le dimanche 30 juin 1963, la municipalité
inaugure la rue du Lieutenant-André-Baude qui passe devant les
écoles, afin que les enfants se souviennent du " Lieutenant
Serge " son pseudonyme dans la Résistance. La Voix du Nord
du 2 juillet 1963 relate l'événement.
Un hommage lui sera rendu lors de la Journée nationale des Déportés
en 1990. Un article paraîtra dans la Voix du Nord. Le même
journal paru le jeudi 18 novembre 2004 rappellera qu'à Leubringhen
où il est né, il y a 88 ans, il n'aura pas été
tout à fait oublié ce 11 novembre 2004 à l'appel
des " Morts pour la France ".
Sa femme décède, le 18 mai 1993 à Ambleteuse, à
l'âge de 75 ans. Bien que décédé à
27 ans, André Baude laisse après lui deux enfants, cinq
petits-enfants et quatorze arrière-petits-enfants qui se posent
toujours des questions, mais sont fiers de porter son nom.
Rinxent, le 22 février 2005.
Son fils, Norbert Baude
PROPOS
RECUEILLIS PAR PIER-CARLO BUSINELLI
Une Saint-Martinoise, ayant connu le lieutenant Baude, raconte :
"
Je me rendais à mon travail, ce 4 août 1944, il était
environ 8 heures du matin. Une traction noire était stationnée
à hauteur du 21 rue de la Forêt, et deux hommes, avec de
grands manteaux noirs de la Gestapo, maintenaient le lieutenant Baude
en le poussant dans ce véhicule. Ce qui m'a marquée, c'est
qu'il avait encore sur une partie du visage de la mousse à raser.
"
Bouffémont,
le 11 mars 2005.
Monsieur,
En
ce qui concerne le lieutenant Baude vous aurez tous les renseignements
par son fils.
Ce
que je vous donne ici est le fruit de longues recherches, j'en ai parlé
à quelques personnes mais n'ai jamais été publié.
Le
sieur "X", nom de résistant " Petit Breton "
était ami, de longue date, du lieutenant Baude et son supérieur
au Bureau des Opérations Aériennes de l'Oise. "X"
a été pris et retourné par la Gestapo, au début
de 1944, et il est à l'origine du démantèlement
du B.O.A. de l'Oise et de l'arrestation et de la mort du colonel Rondenay,
du lieutenant-colonel Grout de Beaufort, tous deux officiers des Forces
Françaises Libres et du lieutenant Baude.
Le
sieur "X" a été abattu, le 5 août 1944,
dans la forêt de Domont par ordre de la Résistance.
Espérant
vous avoir été utile, recevez, Monsieur l'expression de
ma considération.
Pierre
BAUDET
Président du Comité de Domont et des Environs,
membre du Comité directeur du Val-d’Oise.
 
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